Edition

Nadine Martinez directrice de la collection Ethnoesthétique aux éditions de l’Harmattan 

Cette collection s’adresse à tous ceux qui souhaitent approcher les œuvres d’art selon une double lecture : la philosophie de l’art enrichie par les données de l’ethnologie (dans son sens large d’étude d’un contexte de production et d’utilisation). Elle veut établir un autre dialogue entre les cultures occidentales et les cultures extra-occidentales. Les livres de la collection, monographies, conférences et réflexions de différents formats dynamiseront une jeune science : l’ethnoesthétique. Auteurs et lecteurs de tous les continents pourront se rencontrer autour de la recherche du sens de l’oeuvre d’art.

 

Argumentaire de la collection

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Une discipline

L’ethnoesthétique est une discipline qui a été créée dans les universités françaises en 1964 par Jean Laude, l’un des fondateurs de l’Institut d’Esthétique de l’Université de Paris I.

Cette discipline consiste à mettre en dialogue les données apportées par la philosophie de l’art et celles de l’ethnologie (au sens large : étude d’un contexte de production et d’utilisation). Elle s’applique à tous les domaines mais elle peut être cisconscrite dans cette collection aux arts extra-occidentaux.

Jean Laude posa les bases de cette discipline bicéphale : l’ethnoesthétique. Il appliqua le premier cette méthode de recherche à l’art des Dogon du Mali dans sa thèse de doctorat de troisième cycle intitulée « La statuaire du pays Dogon » soutenue en mars 1964. Il élargit la recherche à la relation art occidental/art extra-occidental dans sa thèse d’état « la peinture française (1905-1914) et « l’art nègre » » publiée par Klincksieck en 1968, donnant ainsi toute sa dimension spatiale à l’ethnoesthétique s’appliquant aussi bien à l’art occidental qu’à l’art extra-occidental. Il avait commencé par jeter des passerelles entre les arts africains et l’art moderne en Europe, repérer le réseau d’influences existant entre les pratiques plastiques des cubistes, des fauves, etc. et celles des artistes africains. La discipline était donc enseignée à l’Université de Paris I, dépendant du laboratoire d’esthétique jusqu’en 2005, date à laquelle le dernier poste de maître de conférences fut définitivement fermé et désormais, les étudiants n’ont plus accès à l’enseignement de cette discipline qui ne fait plus partie des sciences de l’art enseignées à l’université.

La collection présentée vise donc, d’une part, à diffuser et promouvoir les travaux des chercheurs issus de cette filière des sciences de l’art, et, d’autre part, à mettre en valeur des recherches contemporaines dont les orientations relancent la discipline et la maintiennent en vie, en-dehors de l’université. Ces travaux n’étaient pas destinés à tomber dans l’oubli et cette discipline n’était pas destinée à mourir. C’est aussi ce qui explique le caractère vital de la présence du mot ethnoesthétique dans le titre de la collection et la présence d’une telle collection au sein des éditions de l’Harmattan.

Cette collection pourrait ainsi contribuer à faire connaître et vivre l’ethnoesthétique, à l’ancrer dans la pensée contemporaine et faciliter ainsi la compréhension des arts extra-occidentaux qui manquent singulièrement, aujourd’hui, de médiateurs en termes de compréhension mais aussi d’analyse et de critique.

Cette discipline se distingue nettement de l’anthropologie et de la sociologie de l’art. L’ethnoesthétique part de la pratique même de l’art. La compréhension de la pratique et du contexte de production de l’artiste permettent de dégager d’autres points de vue portés sur les œuvres. Le geste créatif est analysé et prend un autre sens. Il s’agit de tenter de retrouver la pensée qui l’a fait naître. L’œuvre, analysée dans sa dimension esthétique et dans son contexte d’utilisation, prend elle aussi un autre sens. Le contexte de production et le contexte d’utilisation couvrent le champ nécessaire à une compréhension globale de l’œuvre.

La bipolarité des recherches ethno-esthétiques

La perception des œuvres selon deux aspects confondus – l’ethnologie enrichie par la philosophie de l’art – permet d’aborder différemment le monde de l’art ; cette méthode s’adapte à toutes les périodes de l’histoire de l’art et favorise un regard englobant. Elle génère des méthodes innovantes et pertinentes notamment dans les secteurs de la recherche d’attribution, de la recherche documentaire et des analyses (plastique, ethnologique, sémantique et chronologique).

J’ai abordé l’art africain de cette manière, mais ce regard s’applique aussi bien aux peintures de Botticcelli, aux statuettes votives ibériques, qu’aux installations de Pipilotti Rist. Par exemple, mon premier livre paru dans la collection des arts d’ailleurs vient d’être repris dans une publication présentant l’œuvre de Daniel Dezeuze. (Claude Minière, « Le dessin pour liberté : Daniel Dezeuze ». Paris-Marseille, 2007, Jean-Pierre Huguet, Galerie Athanor). Claude Minière écrit que l’ethnoesthétique lui a permis de découvrir des aspects de l’œuvre qui ont pu apparaître seulement à la lumière de cette méthode d’analyse et son approche multidisciplinaire. Replacé dans le contexte de l’histoire de l’art, le procédé conduit à des analyses d’œuvres d’art reflétant la bipolarité des recherches ethno-esthétiques.

Des auteurs

Sont concernés des chercheurs, des critiques, des artistes, des étudiants… Les auteurs dont les travaux ont, par le passé, traité de ces thèmes de recherches pourront ainsi voir leurs écrits publiés, ceux qui continuent les recherches pourront les diffuser, ceux qui souhaitent rejoindre ce courant de pensée pourront faire découvrir leurs recherches.

Un espace est nécessairement ouvert aux producteurs actuels : les artistes contemporains souhaitant communiquer sur leurs pratiques ou l’analyse de leur travail verront ainsi un moyen de communiquer directement avec leur public. Le croisement de leur regard avec celui des chercheurs devrait amener une dynamique supplémentaire interne à la collection et dans une fidélité à l’enseignement tel que l’entendait Jean Laude : dans un dialogue permanent des cultures.

Un espace pourrait également être réservé à la réédition de certains textes issus de colloques ou de monographies trop peu diffusés à leur sortie ou trop anciennement édités : des textes fondateurs, des auteurs référents, etc.

La nature des textes (monographies, conférences et réflexions) de plus ou moins grande pagination permet de réagir à des actualités, de communiquer des textes issus de colloques et conférences afin de dresser un panorama plus complet de la recherche dans ce domaine et de les diffuser plus largement.

Des lecteurs

Les lecteurs disposeront d’outils agréables à lire accompagnés d’indispensables illustrations, de commentaires d’œuvres scientifiquement vérifiés et fiables, d’analyses pointues sur des objets précis, de recherches dynamiques sur une discipline peu connue, de textes théoriques visant à définir les contours de l’ethnoesthétique, de pensées inscrites dans des débats actuels comme la réception des arts premiers en Occident ou bien encore une lecture originale d’œuvres occidentales réalisée à la lumière de cette discipline qui vise à donner un regard englobant sur les productions artistiques afin de les cerner au plus près.

 

Argumentaire de Nadine Martinez adressé aux éditions de l’Harmattan

 

Les textes et images sont la propriété de l’auteur. Pour toute utilisation même partielle, contactez-le.

 

Les auteurs : 

Marlène-Michèle Biton, ingénieure au C.N.R.S., a obtenu un doctorat en ethnoesthétique à l’Université de Paris-I où elle a été affectée à l’Institut d’Esthétique et chargée de cours. Elle intervient dans divers colloques et participe à la rédaction de catalogues d’expositions (Musée du Louvre, Musée du Quai Branly) et d’articles destinés à diffuser une meilleure connaissance des arts et des artistes de l’ancien royaume du Dahomey.

Erick cakpo : Cursus universitaire Droit, Histoire, Histoire de l’art et Sciences religieuses.
Doctorat/recherche sous la direction de François Boespflug. Thèse de doctorat sur l’art chrétien en pays de mission.
Spécialité Art chrétien africain. Chargé d’enseignement à l’Université de Lorraine.

Marie Yvonne Curtis, titulaire d’une Maîtrise en Histoire, est Docteur en Ethnoesthétique de l’Université de Paris 1 – Panthéon-Sorbonne. Sa thèse sur « L’Art Nalu, l’Art Baga : Approches comparatives » a été présentée en janvier 1997. Actuellement, Marie Yvonne Curtis est consultante chargée, auprès d’organisations internationales et de sociétés privées, des questions de Développement Social et de Genre, des projets d’études sociales et culturelles ainsi que des relations avec les communautés.

 

 

 


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