2003 – Approche des arts africains

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Approche des arts africains

 

Nadine Martinez : conférence.

Il m’a été demandé d’évoquer le parcours de quelques explorateurs de l’Afrique avant de parler d’art, aussi la question inaugurale est : qui a découvert le continent africain ? La réponse, aujourd’hui donnée, est : les premiers hommes (cf Leakey, faille d’Olduvaï). Après cette mise au point initiale, il faut bien convenir du fait que l’Afrique est également le continent le plus anciennement « fouillé par la curiosité et la cupidité humaines » (Marcel Griaule: 1948. Les grand explorateurs. Paris, PUF).

Le premier explorateur dont est conservée la trace est Hannon, général et administrateur délégué des sociétés coloniales carthaginoises, parti de Malte afin d’installer une colonie de 30000 hommes sur les rives du Sénégal en 470 avant l’ère chrétienne. De 330 à 331 avant l’ère chrétienne, Alexandre Le Grand fonde Alexandrie et se rend à Memphis et Ammonion (Egypte). En 23 avant l’ère chrétienne, Posidonios se rend en Ethiopie et en 19, Cornélius Balbus séjourne au Fezzan (lybien). En 60 de l’ère chrétienne, les centurions de César cherchent les sources du Nil. En 950, Massoudi visite Madagascar. En 1170, Benjamin de Tudèle passe d’Aden en Abyssinie et gagne Assouan sur le Nil en traversant le désert. Au XIIème siècle, Marco Polo se rend hypothétiquement à Madagascar et à Zanzibar.

Petit intermède : dans une telle dialectique, on peut se demander ce que découvrent les africains ? vraisemblablement l’Amérique. En 1312, Abou Bakari II dirige une flotte de 1000 grandes pirogues à voile carrée. Il abandonne l’Empire du Mali et quitte la Sénégambie pour ne plus jamais revenir. Son portrait figure dans l’Atlas Catalan de 1375 où l’Empereur est représenté tenant une pépite d’or et un bateau de haute mer à l’horizon Ouest de son regard. En 1992 l’expédition est rééditée afin d’apporter la preuve que la liaison a effectivement pu se faire alors entre l’Afrique et l’Amérique (Jean-Yves Loudes : – 1993. «Abou Bakari II. Le retour du roi perdu», Revue noire, décembre 92-février 93, N° 7 : 30-31 ; 1994. Le roi d’Afrique et la reine mer. Arles, Actes Sud). Les navigateurs Lébu, Sereer et Manjang auraient pu faire le voyage bien avant l’empereur et Christophe Colomb ce qui expliquerait la présence d’hommes de race noire sur le continent Américain d’après les notes de Colomb et des explorateurs suivants. En 1324, son successeur Kankan Moussa se rend à La Mecque et déverse tant de richesses sur son passage que le cours de l’or s’effondre au Caire. En 1325, Ibn Batoutta entreprend un voyage de Tanger à La Mecque, il revient en 1349. Puis il se rendra sur diverses terres africaines dès 1353 : Teghasa, Iwalaten, Zagheri, Tombouctou, Melli la capitale de l’Empire du Mali.

Au cours du temps, les côtes de l’Afrique sont explorées mais ne sont que des esca­les sur la route des Indes devenues le centre d’intérêt des esprits occidentaux. Mal­gré quelques tentatives (celles du naturaliste Adanson parcourant la Sénégambie en 1749, de l’écossais Bruce qui pénètre en 1769 en Abyssinie, de Mungo Park qui détermine en 1795-97 le cours du Sénégal, de la Gambie et du Haut-Niger…), l’inté­rieur de l’Afrique n’intéresse personne et il faut attendre le XIXe siècle pour que des explorateurs s’en emparent. Les explorations abondent et les plus remarquables sont celles de René Caillé (qui passe le Bafing en 1827, le Niger, arrive à Kankan, traverse le Wassolon et rejoint Djenné au Mali, puis Tombouctou) et de Livingstone. La Société des missions de Londres envoie ce dernier au Bechuana en Afrique du Sud. Il traversera le Kalahari. Ensuite, en 1852, il remontera le Zambèze et atteindra le lac Dilolo, les sources du Kasaï, le bassin du Congo et rejoindra l’océan Atlantique. Il repartira en 1866 et gagnera le lac Tanganyika au Cameroun. En 1873, il découvre enfin les sources du Nil. Différents explorateurs se succèdent alors : Barth au Came­roun en 1850-55, Du Chaillu dans l’Ogooué en 1863, Schweinfurth chez les Mangbetu (1875). Vient ensuite le temps des missions qui se poursuivent jusqu’aux indépendances. La plus célèbre est probablement la Mission Dakar-Djibouti qui tra­verse l’Afrique d’Ouest en Est de 1931 à 1933 sous le commandement de Marcel Griaule. Elle fut la première à faire l’objet d’une loi votée par le parlement.

Pour rester dans le domaine des découvertes, il est à noter que la découverte du continent ne coïncide pas avec celle des africains ni avec leur art. Après avoir pillé les terres africaines de leurs richesses, de leurs hommes les plus vaillants, après avoir nié l’humanité des hommes, les avoir enténébré, puis dénigré, puis littérale­ment blanchi, puis « civilisé », converti, puis appauvri, affamé, puis assisté, … et j’en passe, les malentendus s’accumulent encore aujourd’hui, la rencontre n’a pas encore eu lieu.

Quant à l’art, après être resté dans les obscurs cabinets de curiosités depuis la Re­naissance, dans les salles d’anatomie des musées d’histoire naturelle, dans les musées d’ethnographie et d’anthro­pologie (dans lesquels on voudrait bien encore l’enfermer pour longtemps), il de­meure toujours méconnu et fréquemment renié. Cependant, au début du XXème siècle un véritable dialogue s’instaure entre les artistes occidentaux et les artistes africains. Il ne s’interrompra pas, le fil de l’art est un fil continu qui tisse la vie et la pensée autour de lui.

Quel panorama peut-on dresser de l’art africain varié dans son histoire (préhistoire, moderne, contemporaine) et ses styles (chaque famille détient un art particulier, un style et parfois plusieurs) ? Je vous propose maintenant de faire un rapide survol de certaines formes de l’art africain. Il ne s’agit peut-être pas des plus montrées mais le parti pris est de rechercher un écho à certaines références connues de l’art occidental et africain.

Les vues sont organisées en trois parties : 1 – L’art préhistorique et ancien ; 2 – L’art ancien et moderne ; 3 – L’art contemporain, car l’Afrique a de tout temps débordé de créativité et aujourd’hui, la plus sûre et noble des voies privilégiées empruntées par de brillants africains est celle de l’art. 

Vues :

u 1 – Carte des origines de l’homme. 1ers fossiles, Laetoli 3 750 000 ans.

u 2 – Atlas Catalan de Charles Quint, 1375, Le roi du Mali.

u 3 – La mission Dakar-Djibouti (10 mai 1931, 18 février 1933) : GD : André Schaeffner, inconnu, Georges Henry Rivière, Michel Leiris, Outomsky, Marcel Griaule, Eric Lutten, Jean Mouffle, Gaston Louis Leroux, Marcel Larget. Ils seront rejoints par Germaine, Dieterlen, Denise Paulme et Deborah Lifchitz. Climat : Voir le film de Jacques Beker « Rendez-vous de juillet » tourné en 1949. St Germain.

ART

Préhistoire et art ancien

u 4 – Fezzan Libyen. Certaines peintures de Tanzanie sont datées au C14 à plus de 40000 ans. Sur ce point, le continent africain est nettement précurseur. En Tanza­nie, il y a plus de 50000 ans, l’industrie lithique comprenait des outils très diversifiés et performants (lames, pointes, burins, grattoirs, microlithes) qui ne furent utilisés en Europe et au proche-orient qu’au début du paléolithique supérieur, entre 32000 et 34000 avant l’ère chrétienne. Les dates sont édifiantes…

Les oeuvres les plus anciennes sont en terre cuite et métal, peu d’oeuvres en bois ont pu traverser autant de siècles…

u 5 – Vase en bronze issu du site de fouilles archéologiques d’Igbo Ukwu au Nigé­ria. Daté du IXème-Xème siècle. Le Nigéria renferme dans son sol des gisements bien antérieurs : La civilisation Nok, connue pour ses têtes en terre cuite, est datée par TL entre le 7ème et le 1er siècle avant l’ère chrétienne. Le plateau de Jos livre des pièces datées par TL dès le 1er siècle de l’ère chrétienne. Le Niger possède également des gise­ments anciens : le bassin de l’Azawagh livre des oeuvres d’art céramiques datées entre – 5600 et – 4900, celles de Takene Bawat II entre – 5200 et – 4550.

u 6 – Terre cuite de Djenné. 41 cm. Dès 250 avant l’ère chrétienne, l’exemplaire est daté de 1100 de l’ère chrétienne. XIIe siècle.

u 7 – Cavalier. Terre cuite Djenné. 44 cm. Exemplaire du début du XIIème siècle.

u 8 – Statuettes funéraires du Komaland au Ghana. Terre cuite. 23, 25 cm. TL 1400, XVème siècle.

u 9 – Oni debout, statue en laiton et zinc issue du chantier d’Ifè au Nigéria. 47 cm. Datée du XIV-XVème siècle. Finesse des traits, modelé doux et dessiné, délicatesse d’exécution.

u 10 – Nomoli, sculpture de pierre en stéatite de Sierra Leone, long. 36 cm, datée du XV-XVIème siècle.

u 11 – Coupe en ivoire, afro-portugaise de Sierra Leone, 43 cm, datée du début du XVIème siècle.

u 12 – Trésor d’Amadou en or, daté du XIXème siècle, mais des bijoux similaires ont été mis au jour en Mauritanie et datés du XIème au XVème siècle.

Epoque ancienne et moderne 

(oeuvres en bois) Tous les objets quotidiens font l’objet de soins spéciaux et sont des oeuvres d’art : choix restreint.

u 13 – Couple Dogon, Mali, 58 cm. Composition angulaire stricte. Culte des ancê­tres de l’humanité.

14 – Cimier du Tyi wara Bamana, Mali, 56 cm, antilope et oryctérope. Courbes et harmonies des volumes aérés. Culte agraire.

u 15 – Masque des Dan, Côte d’Ivoire, (clochettes). Mélange d’éléments hétéroclites. 

u 16 – Masque Waniugo, Sénoufo, Côte d’Ivoire, long. 74 cm. Art religieux des écoles initiati­ques, chargé du maintient de l’ordre social. Masque dangereux détenant la force Waa, rien ne lui échappe, il voit dans toutes les directions. Animalité de l’homme, culte des esprits, masques terrifiants. Jeu asymétriques.

u 16bis – Masque Nwantantay des Bwa du Burkina Faso. H 120 à 200 cm. peint et gravé. La lame peinte écrit l’identité du groupe.

u 17 – Masque Hippopotame, Ijo-Kalabari, Nigeria, H, 47cm. Traitement en volumes géométriques qui séduisirent les cubistes, liberté du traitement du visage, mélange des traits humains et zoomorphes.

u 18 – Masque des Anang, Nigeria, H 23 cm. Fine coiffure en lobes, finesse des traits, modelage du visage, travail de l’accrochage de l’ombre et de la lumière. Masque de l’école de Chukwu des années 1920-30 peut-être l’oeuvre du grand Akpan mort dans les années 50.

u 19 – Masque des Kantana (ex-Mama), Nigeria, emblème de la femelle du buffle nain de la forêt. Culte des esprits, stylisation conduisant à l’abstraction. Masque du Mangam, chargé du maintient de l’ordre social.

u 20 – Masque des Ibo du Nigéria, H 45 cm, pigment blanc. Finesse des traits, des lignes et linéaments. Cérémonie Otutara commémorant les ancêtres. Le masques sort lors des danses Okperegede.

u 21 – Siège Bamoun, Cameroun, perles, cauris, cuivre martelé, H. 120cm. Cou­leurs. Siège réservé au second personnage de l’Etat, la reine mère.

u 22 – Statue Bamiléké, Cameroun, H. 81 cm. Recherche de rythme, cou et bras annelés.

u 23 – Masque Fang (ex-Pahouins), Guinée équatoriale/Gabon, H 24 cm. Peint au kaolin. Finesse des traits. Coiffure recherchée. 

u 24 – Masque Mbuya des Pendé de l’Ouest, région du Kwilu, Zaïre, H 26,5 cm. On comprend combien la rencontre avec l’art africain fut importante pour Picasso. Masque destiné à amuser le public : il fonctionne comme agent social en faisant une satire des déviations des valeurs de la société Pendé.

u 25 – Masque des Kongo, Zaïre, 24,8 cm. Expressivité du visage, finesse des linéaments. Faciès blanc à tous points de vue. Joues noires car les mains sur les joues sont un signe de deuil.

u 26 – « Fétiche à clous » Nkondi des Kongo du Bas-Zaïre H 97 cm. Bois, clous, sa­gaie de métal, tissu. Goût de l’accumulation rendue en terme d’efficacité religieuse. Objet d’intimidation morale ou destiné à sceller un accord. Le charme nkondi s’enclenchait par le choc des incrustations de métal qu’on lui infligeait. Le miroir cachait souvent un réceptacle d’éléments chargés de force vitale (ongles, cheveux, sang, etc.).

u 27 – Masque Bwoom des Kuba du Zaïre, H 40 cm. Il est un esprit de la nature res­semblant à un pygmée. Lors des danses royales, il rivalise avec le roi pour séduire une jeune femme. Lignes en V, dynamiques.

u 28 – Masque des Tshokwé d’Angola, H 27 cm. Expressivité du visage, finesse des traits. Montré de ¾ car la ligne courbe du front bombé permet de les distinguer.

u 29 – Statue de chef Tshokwé, Angola, H 49 cm. Yeux incrustés de laiton, barbe de cheveux. Insertion d’éléments et de matières dites chargées, fortes, efficaces. Jeu des espaces ajourés, et des courbes. Image du chef ancestral et exemplaire, Tshibinda Ilunga, modèle du héros chasseur civilisateur.

Art contemporain

Art relevant de problématiques davantage ancrées dans la continuité de l’art tradi­tionnel sans rupture sensible entre les deux formes d’art (voir notamment la Biennale d’art contemporain de Dakar au printemps).

u 30 – Aboudramane. Côte d’Ivoire. Né en 1961. Sans titre, 1993. Oeuvre reprenant le thème des cornes, de la chasse, des esprits, des incrustations, etc.

u 31 – Abdoulaye Konaté, né en 1953 au Mali, « Hommage aux chasseurs du Mandé », 1994.

D’autres participent d’une mondialisation des arts plastiques…

u 32 – Sokari Douglas Camp, née à Dakar. « Church bed », 1984, 2m65. Avec mo­teurs électriques, art cinétique.

Photographie : secteur en expansion depuis 1994 avec les « Rencontres de Bamako » qui se déroulent en décembre.

u 33 – Rotini Fani-Kayodé, né en 1955 au Nigéria, décédé en décembre 1989. « Milk drinker », 1986.

Le stylisme : secteur en expansion avec le K’palezo, salon international de la mode et la FIMA, festival de la mode dans le désert

u 34 – Chris Seydou, malien décédé en 1994, fondateur de la FAC (fédération des africaine des créateurs de mode) et premier organisateur du K’Palezo, premier salon panafricain international qui a eu lieu en décembre 1997 à Dakar.

u 35 – Errol Arendz, vivant à Cape Town en Afrique du Sud, créateur de la ligne « comportons-nous mal ».

u 36 – Collé Sow Ardo, Dakaroise.

 

Fin

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